Faut-il facturer la TVA à un client hors UE ?
Non. Une vente à un client situé hors de l’Union européenne est exonérée de TVA. Les livraisons de biens expédiés en dehors de l’UE par le vendeur, ou pour son compte, sortent du champ de la TVA française au titre de l’article 262-1 du CGI.
Concrètement, si votre boutique en ligne française expédie un colis vers la Suisse, les États-Unis ou le Royaume-Uni, vous éditez une facture HT, sans TVA, et vous y indiquez le motif d’exonération. Les modalités pratiques pour facturer votre client en Suisse illustrent bien ce principe.
Cette règle vaut aussi bien pour un client particulier (B2C) que pour une entreprise (B2B). À l’export, la qualité du client ne change pas le traitement TVA côté français : ce qui compte, c’est que les biens quittent physiquement l’UE.
L’exonération n’est pas automatique : c’est vous qui devez la justifier. Tant que vous n’avez pas la preuve de sortie de l’UE, considérez la vente comme « à sécuriser » et archivez le justificatif dès réception. En cas de contrôle, une facture sans TVA sans preuve de sortie se transforme en redressement.
Export ou livraison intracommunautaire : ne pas confondre
Une exportation concerne un pays tiers ; une livraison intracommunautaire concerne un autre État membre de l’UE. Les deux sont exonérées de TVA, mais les règles, les preuves et les déclarations diffèrent.
| Critère | Exportation (hors UE) | Livraison intracommunautaire (UE) |
|---|---|---|
| Destination | Pays tiers (Suisse, UK, USA…) | État membre de l’UE |
| Base de l’exonération | Article 262 du CGI | Article 262 ter I du CGI |
| Preuve attendue | Déclaration d’export visée / certification de sortie | Preuve de transport + n° de TVA client valide |
| Déclaration | Déclaration en douane (export) | État récapitulatif TVA + enquête statistique |
| OSS applicable ? | Non | Oui (pour le B2C, via le guichet unique) |
Pour une livraison intracommunautaire, vous devez parfois appliquer la TVA du pays d’arrivée : pensez à consulter les taux de TVA en UE avant de fixer vos prix de vente.
Beaucoup de e-commerçants pensent que le guichet unique OSS couvre toutes leurs ventes à l’international. C’est faux : l’OSS ne gère que les ventes à distance à l’intérieur de l’UE. Pour un client hors UE, l’OSS ne s’applique jamais, et vous repassez sur le régime de l’exportation.
Les 5 mentions à faire figurer sur une facture export
Une facture export e-commerce doit aller au-delà des mentions classiques, car elle sert aussi de document douanier. Plus elle est précise, plus le dédouanement à l’arrivée est fluide pour votre client. Retrouvez le détail des mentions obligatoires sur les factures dans notre guide dédié.
- La mention d’exonération et son fondement légal : « Exonération de TVA, article 262-1 du CGI ».
- Votre numéro EORI, identifiant douanier indispensable pour toute opération d’export depuis l’UE.
- Le code douanier (code HS / nomenclature) de chaque produit, qui détermine les droits applicables à l’arrivée.
- L’incoterm retenu (DDP, DAP…), qui fixe qui prend en charge la TVA et les droits à destination.
- La valeur en douane et l’origine des produits, base de calcul des droits dans le pays de destination.
Ajoutez aussi, dès que c’est utile : l’adresse de livraison si elle diffère de l’adresse de facturation, la référence de commande et le mode de règlement. Ces informations évitent les blocages en douane.
Si vous vendez via une marketplace, anticipez aussi votre immatriculation à la TVA pour Amazon, parfois exigée selon vos flux logistiques.
Si vous n’avez pas encore de numéro EORI, demandez-le avant votre première expédition hors UE : il s’obtient gratuitement auprès de la douane française et conditionne l’établissement de la déclaration d’export. Sans EORI, votre transporteur ne pourra pas dédouaner le colis.
Justifier la sortie de l’UE : quelles preuves conserver ?
Pour sécuriser l’exonération, vous devez prouver que les biens ont quitté le territoire de l’Union européenne. L’administration accepte plusieurs justificatifs.
- La certification électronique de sortie délivrée dans le cadre de la déclaration d’export dématérialisée (impression ou copie de l’attestation en statut « Sortie »).
- L’exemplaire n° 3 du DAU visé par le bureau de douane du point de sortie de l’UE, en cas de procédure papier.
- Un exemplaire de la facture visé par le déclarant en douane et annoté des références de la déclaration correspondante.
- Le DAU en droit commun visé en sortie.
Pour les petits colis e-commerce expédiés via un transporteur express ou la poste, le suivi de livraison du transporteur (preuve de remise hors UE) complète utilement le dossier. Conservez systématiquement le numéro de tracking associé à chaque facture.
Le justificatif de sortie n’est pas un document que l’on classe « au cas où ». En contrôle, c’est lui qui valide l’exonération. Sans preuve de sortie de l’UE, l’administration peut requalifier la vente en opération taxable et réclamer la TVA, les intérêts de retard et des pénalités.
EORI, douane et DAU : la mécanique côté export
Toute exportation passe par une déclaration en douane, aujourd’hui dématérialisée. Le Document administratif unique (DAU) reste le formulaire de référence de la déclaration, qui s’appuie désormais sur des téléprocédures.
Les documents qui accompagnent une expédition export sont généralement :
- le DAU (déclaration en douane d’export) ;
- la facture commerciale, avec description détaillée, valeur et code HS ;
- la liste de colisage, qui détaille contenu, poids et dimensions ;
- le certificat d’origine, si le pays de destination l’exige ;
- les certificats spécifiques (sanitaires, phytosanitaires) selon la nature des produits.
La plupart des e-commerçants délèguent cette partie à leur transporteur ou à un transitaire, qui établit la déclaration d’export à partir de la facture et de l’EORI. Votre rôle est de fournir des données justes : un code HS erroné ou une valeur sous-estimée bloque le colis et engage votre responsabilité numéro EORI établit la déclaration d’export à partir de la facture et de l’EORI. Votre rôle est de fournir des données justes : un code HS erroné ou une valeur sous-estimée bloque le colis et engage votre responsabilité.
Qui paie la TVA et les droits à l’arrivée ?
À l’export, vous ne facturez pas la TVA française, mais la TVA et les droits de douane du pays de destination restent dus à l’arrivée. La question décisive pour votre e-commerce est : qui les paie, vous ou le client ?
C’est l’incoterm qui tranche :
- DDP (Delivered Duty Paid) : vous prenez en charge TVA d’import et droits de douane à destination. Le client reçoit son colis sans frais surprise, mais vous devez parfois vous immatriculer à la TVA dans le pays d’arrivée.
- DAP (Delivered At Place) : le client règle la TVA et les droits à la livraison. Plus simple pour vous, mais source d’abandons de panier et de litiges si l’acheteur ne s’y attendait pas.
Les seuils de minimis (en dessous desquels les petits colis échappaient aux droits) se sont durcis. Voici l’état 2026 pour les trois destinations e-commerce françaises majeures :
| Destination | Règle 2026 | Impact pour le e-commerçant |
|---|---|---|
| 🇺🇸 États-Unis | Seuil de minimis de 800 $ supprimé depuis le 29/08/2025 | Tout colis est désormais taxable, quelle que soit sa valeur |
| 🇬🇧 Royaume-Uni | Sous 135 £, le vendeur collecte la TVA UK au moment de la vente | Immatriculation à la TVA britannique souvent nécessaire |
| 🇨🇭 Suisse | Immatriculation TVA dès 100 000 CHF de CA sur petits envois | Le vendeur devient redevable de la TVA suisse à l’import |
Côté Royaume-Uni, préparez les documents nécessaires pour importer au Royaume-Uni ; côté Suisse, anticipez votre numéro de TVA en Suisse dès que vous franchissez le seuil d’enregistrement.
Choisissez votre incoterm en fonction de votre marché, pas seulement de votre logistique. Sur des destinations à forte intensité concurrentielle comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, le DDP est devenu un standard d’expérience client : un acheteur qui découvre 30 % de frais à la livraison annule ou renvoie. Mais le DDP implique souvent une immatriculation TVA locale, à anticiper.
Comptabiliser et déclarer ses ventes export
Une vente export se comptabilise sans TVA, mais elle doit apparaître dans vos déclarations. Trois réflexes suffisent à rester en règle.
- Enregistrer la vente HT, en mentionnant l’exonération applicable, dans un compte dédié aux exportations.
- Archiver l’intégralité du dossier : facture, justificatif de sortie de l’UE, documents de transport et de douane, pendant la durée de prescription.
- Reporter les exportations sur la déclaration de TVA (lignes dédiées aux opérations non imposables) afin que le chiffre d’affaires soit cohérent avec votre comptabilité.
Faites le rapprochement à chaque clôture entre vos ventes export comptabilisées et les justificatifs de sortie réellement archivés. Un écart signale une vente exonérée sans preuve : c’est exactement ce qu’un contrôle fiscal cherche en priorité.
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Questions fréquentes
Dois-je facturer la TVA à un client aux États-Unis ?
Non. La vente vers les États-Unis est une exportation, exonérée de TVA au titre de l’article 262 du CGI. Vous facturez HT, sans TVA, et conservez la preuve de sortie de l’UE. En revanche, depuis le 29 août 2025, le colis sera taxé à l’entrée aux États-Unis quelle que soit sa valeur.
Le guichet unique OSS s’applique-t-il à mes ventes hors UE ?
Non. L’OSS ne couvre que les ventes à distance B2C réalisées à l’intérieur de l’Union européenne. Pour ces flux intra-UE, pensez à s’inscrire au guichet unique OSS. Dès que votre client est situé dans un pays tiers, vous quittez le régime OSS et appliquez les règles de l’exportation, donc une facture exonérée de TVA avec justificatif de sortie.
Quelle mention d’exonération inscrire sur une facture export ?
Indiquez « Exonération de TVA, article 262-1 du CGI » (ou la référence équivalente selon votre situation). Cette mention rend explicite le motif de la facture HT et sécurise votre exonération en cas de contrôle de l’administration fiscale.
Qu’est-ce qu’un numéro EORI et est-il obligatoire ?
L’EORI est votre identifiant douanier unique dans l’UE. Il est indispensable pour toute opération d’export, figure sur la déclaration en douane et accompagne votre statut d’exportateur douanier. Il s’obtient gratuitement auprès de la douane française. Sans EORI, votre transporteur ne peut pas dédouaner vos colis à la sortie.
DDP ou DAP : quel incoterm choisir pour mon e-commerce ?
En DDP, vous payez la TVA et les droits à destination, ce qui offre une expérience sans surprise au client mais peut imposer une immatriculation TVA locale ; le cas de la Suisse montre comment vendre en DDP en Suisse encadre ces obligations. En DAP, le client règle ces frais à la livraison, plus simple pour vous mais générateur d’abandons de panier. Le DDP s’impose souvent sur les marchés concurrentiels.
Comment prouver que ma marchandise a quitté l’UE ?
Conservez la certification électronique de sortie de la déclaration d’export, l’exemplaire n° 3 du DAU visé par la douane, ou la facture visée par le déclarant. Pour les colis express, le suivi de livraison du transporteur hors UE complète le dossier. Cette preuve conditionne votre exonération de TVA.